« Même un GMI sait rarement calculer sur plus de cinq coups une attaque à sacrifice. » Rudolf SPIELMANN

Quel est l’impact des croyances limitantes dans vos parties ? D’où proviennent-elles ? Comment vous en débarrasser ?

Les croyances limitantes

On pourrait croire que le joueur d’échecs – normalement concentré – est totalement immergé dans l’analyse de la position devant lui… en train de calculer de nombreuses variantes ou en train d’échafauder un plan stratégique !

En réalité, il n’en est rien. Pendant une partie d’échecs, son esprit est traversé par un flux continu et hétérogène de pensées :

« … fou prend cavalier, puis il reprend de la dame……euh, souviens toi, tu ne sais pas bien jouer les fins de parties, ce n’est pas ton fort, hein ?…

ok, alors analysons à la place un coup de pion…pousser le pion latéral sur la case h3 ?…ça à l’air bien ça, non ? … un coup de pion…allez zou, je me lance…ma main prend finalement la tour qu’elle déplace d’une seule case… !? »

Cet exemple reflète une succession de pensées, dont certaines sont nommées « croyances limitantes »  comme par exemple : « je ne sais pas bien jouer les finales ».

Ce sont des croyances erronées en nos capacités ou nos réactions face à des situations données. Elles surgissent et influencent le cours de votre réflexion et de votre action à venir…sans que vous en ayez conscience ! 

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, ce sont les opinions qu’ils en ont . » Epictete.

L’effet Nocebo

Reprenons l’exemple : « je suis mauvais pour jouer les finales (fins de parties) .» Cette pensée limitante aura un impact tout au long de la partie !

A tout moment, le joueur évitera – sans s’en rendre compte – de se retrouver dans cette situation. Il s’empêchera ainsi de transformer sa position vers une fin de partie avantageuse, même si celle-ci se présente !

De plus, lorsqu’il arrivera dans une fin de partie malgré lui, il combattra avec un handicap mental de taille, ayant déjà prédéterminé sa faiblesse, qui le conduira à sa défaite programmée. C’est l’effet Nocebo (le contraire de l’effet placebo) bien connu aujourd’hui.

Enfin, il n’aura jamais l’occasion de progresser dans ce secteur de jeu, qu’il évite soigneusement, renforçant ainsi sa propre croyance limitante !

 » Le guerrier victorieux remporte la bataille, puis part en guerre. Le guerrier vaincu part en guerre, puis cherche à remporter la bataille . » Sun Tzu

Avant même de jouer son premier coup, l’effet de pensées limitantes peut être dévastateur, notre cerveau ayant aussitôt fait de les transformer en réalité !

  • « Je suis fatigué aujourd’hui…je n’ai pas envie de jouer… » ;
  • « Ce joueur est plus fort que moi, cela va être dur…» ;
  •  « Je ne sens pas la partie aujourd’hui…on verra bien…».

Ces phrases, apparemment anodines, portent en elles, le germe de la défaite… J’ai pu le constater de nombreuses fois lors de matchs par équipes…à la fin le joueur – qui a finalement perdu – finit souvent par ajouter: « je le savais…» ou « je savais que ce n’était pas ma journée…la preuve » ou encore «je n’aurais pas dû jouer aujourd’hui ».

Un subtil processus d’auto-sabotage assez classique pourtant…

Comment s’en débarrasser ?

 Il s’agit tout d’abord, d’établir un diagnostic de ses propres pensées limitantes. Quand surviennent–elles ? De quel type sont-elles ? Dans quelles conditions surviennent-elles le plus souvent ? Etc.

Ce travail n’est pas aisé, car les croyances sont bien ancrées et pas faciles d’accès de manière conscience. Des méthodes basées sur des techniques de respiration et de méditation pleine conscience permettent néanmoins d’accéder à un état pour accueillir et identifier ces croyances limitantes.


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Il est bien entendu difficile voire impossible de supprimer les pensées qui surgissent dans votre esprit. Il est beaucoup plus efficace de les accueillir et les accepter telles qu’elles sont dans un premier temps. Puis de les laisser cheminer, vous traverser et repartir…Si le flux de ces pensées – trop intense – vous empêche de vous concentrer, le mieux est d’opérer une rupture consciente par une grande et profonde respiration. Allez-donc vous dégourdir les jambes quelques instants…

Nous sommes ce que nous pensons

L’idéal de ce travail : commencer par identifier ces pensées limitantes, préjudiciables à la qualité de votre jeu, puis d’aller plus loin en les transformant en croyances motivantes (ou au minimum neutres). Eh oui, tout cela demande du travail : qui a dit que ce serait facile ?

La préparation et l’échauffement permettent aussi de se programmer positivement juste avant la partie. Ceci évite la submersion à tout moment par ces pensées négatives. Installer des rituels fait également partie des techniques mentales couramment utilisées par les grands maitres aux échecs.

Enfin, une technique assez efficace pour traiter ces pensées limitantes réside dans la reprogrammation avec des croyances motivantes et positives. Par exemple, la programmation neurolinguistique ou une technique d’auto hypnose (training autogène de Schultz accompagné d’une séance de visualisation) peuvent vous y aider de façon très efficace.

Et vous ? Quelles sont vos croyances limitantes ? Quelles sont celles dont vous souhaiteriez vous débarrasser ? N’hésitez pas à partager votre point de vue dans l’espace commentaire  situé tout en bas de cette page !


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