Selon Emmanuel LASKER, « la chose la plus difficile aux échecs est de gagner une partie gagnée ». Comment expliquer ce paradoxe ? Comment les Grands Maîtres transforment-ils leur avantage en victoire ?

Une partie gagnée

La terminologie « partie gagnée » qualifie le résultat probable de la partie, dès lors qu’un joueur dispose d’un avantage suffisant pour lui assurer la victoire . À condition bien sûr, de jouer les meilleurs coups. Parfois, quand il ne trouve pas la suite gagnante, la « partie gagnée » se transforme alors en un match nul ou en défaite…

Le tweet de KARJAKIN !

Le tout récent tweet de Sergey KARJAKIN, lors du tournoi Norway 2017, trouve toute sa place dans notre article !

Le Grand Maître Russe se désole — à juste titre — d’avoir obtenu le match nul dans de mauvaises positions et d’avoir perdu les parties gagnées ! Je n’ai pas pu m’empêcher de lui répondre, en lui rappelant au passage, la citation du deuxième champion du monde !


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Huit raisons de perdre

1. La perte d’intérêt

Certains joueurs ont tendance à ne plus s’intéresser à la partie, une fois qu’ils ont obtenu un avantage significatif. Leur niveau de vigilance diminue. Dans le même temps, leur adversaire est beaucoup plus concentré , à l’affut de la moindre occasion de rattraper son désavantage. Il se crée alors un écart de niveau de concentration entre les deux joueurs. Cette situation favorise les rebondissements de toute nature…

2. La peur de gagner

Cette raison est bien connue dans les sports de compétition en général. Elle se traduit par une perte de confiance soudaine et par une paralysie du joueur avec l’avantage. Bénéficier d’une supériorité ne suffit pas, encore faut-il pouvoir la transformer…

3. Le manque de temps

C’est l’un des facteurs essentiels aux échecs. Vous réussissez à prendre le dessus, mais vous ne disposez plus d’assez de temps pour exploiter la situation. Vous vous mettez la pression et l’avantage finit par disparaître…

4. Les simplifications

Le joueur avec l’avantage pousse trop loin le principe de simplification. Il simplifie, soit pour une raison technique « celui qui a l’avantage matériel doit échanger », soit pour une raison psychologique « diminuer la pression ». Vous connaissez sans doute, le schéma classique suivant :

  1. Le joueur simplifie la position ;
  2. Ensuite, il obtient une finale presque nulle malgré l’avantage matériel initial ;
  3. Puis, il complique la position et refuse d’accepter la nouvelle situation ;
  4. Enfin, il surjoue sa position et finit par perdre !

5. La mise sous pression

Le joueur se met sous pression, diminuant ainsi sa capacité de calculer – vite et bien –  les coups dans une position que l’adversaire compliquera à dessein. Ceci se combine souvent avec la problématique du manque de temps…

 6. Le manque d’énergie

Le joueur a déjà dépensé beaucoup d’énergie pour obtenir la position gagnante : il n’a plus d’énergie pour conclure de manière appropriée. De plus, souvent le défenseur doit dépenser bien moins de temps et d’énergie, contrairement à celui qui possède l’avantage.

7. Un niveau de jeu insuffisant

L’adversaire en difficulté commence à mieux jouer dans une position « perdue » et vous oppose une âpre résistance. Parfois, le joueur est assez fort pour obtenir un avantage dans le milieu de jeu, mais ne possède pas les compétences techniques suffisantes de fin de partie pour convertir celui-ci en victoire.

8.Trop de choix possibles

Lorsque vous profitez d’un avantage, vous pouvez souvent gagner de plusieurs façons. La défense est plus aisée, car elle doit juste s’adapter à une seule voie, celle que vous avez choisie en attaque.

Plusieurs raisons de perdre une partie gagnée, sont reprises de l’excellent article « winning-the-winning-positions du GM ANURABI sur www.chess.com .

Huit raisons de perdre, c’est déjà beaucoup, sans compter les raisons combinées. On comprend alors mieux la citation de Lasker. Elle reflète sa propre expérience longue de 27 ans comme champion du monde d’échecs !


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Les secrets des Grands Maîtres pour gagner !

À présent, examinons les méthodes utilisées par les joueurs professionnels pour convertir leur avantage en gain.

Par exemple, la Grand Maître Féminin (GMF) Natalia POGONINA, a développé ce thème sur le site www.chess.com. Selon Natalia, la victoire s’obtient selon la méthode active ou la méthode tranquille. The-art-of-converting-winning-positions

La méthode active :

Cette méthode est utilisée lorsque vous possédez un avantage à court terme (meilleur développement, supériorité numérique dans un secteur de l’échiquier, etc.). Votre objectif est de le convertir rapidement avant que cette supériorité passagère ne s’évanouisse. C’est souvent une affaire de calcul de variantes, de concentration et de méthodologie. Cette méthode s’utilise quand votre avantage est suffisamment grand pour gagner la partie. Cela peut se concrétiser par un sacrifice de pièce, par une attaque directe sur le Roi, ou en convertissant une finale gagnée (certaine).

La méthode tranquille :

Elle consiste à manœuvrer votre adversaire, lui faire perdre le fil de la partie, et l’amener éventuellement en crise de temps pour profiter de ses nouvelles erreurs ou concessions. Cette méthode s’utilise quand votre avantage n’est pas assez grand pour gagner par l’approche active. Elle nécessite un très bon niveau de concentration… Sachez que votre adversaire tentera de compliquer le jeu pour vous rendre la tâche difficile.

La bonne approche mentale

Gardez également à l’esprit le point clé suivant :

L’objectif de votre adversaire est de convertir une position dans laquelle vous savez comment gagner, vers une position dans laquelle vous pensez savoir comment gagner !

Votre intérêt est d’éviter si possible les complications inutiles.

« …Juste une question de technique… »

Gagner une partie avec un avantage est donc un exercice difficile ! Ce n’est pas « juste une question de technique », comme le disent habituellement les commentateurs…

Vous devez d’abord vous convaincre de cette réalité et l’accepter !

Enfin, une dernière difficulté à surmonter par le joueur avantagé ! Il doit souvent déployer toute son ingéniosité pour trouver plusieurs mini-plans successifs afin de remporter sa partie ; le plan unique et linéaire figure comme étant une situation rare.

Ainsi, pour toutes les raisons exposées ci-avant, les Grands Maîtres considèrent – à juste titre – qu’il est très difficile de gagner une partie gagnée !


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Dix conseils

Pour terminer, dix conseils rapides pour mieux exploiter votre avantage :

  1. Prenez une pause mentale ; respirez !
  2. Évaluez votre type d’avantage (sans faire aucun calcul) ;
  3. Choisissez la méthode active ou tranquille ;
  4. Acceptez la réalité de la situation : ce n’est pas facile, c’est tout à fait normal !
  5. Un avantage se transforme parfois en partie égale ; acceptez-le aussi !
  6. Une partie égale ne signifie pas une partie nulle, ne l’oubliez pas…
  7. Un avantage peut disparaître puis réapparaître plus tard…
  8. Ne forcez pas à tout prix un avantage pour finir par perdre…
  9. Un avantage ne vaut rien en soi, il dépend de ce que l’on peut en faire !
  10. La partie n’est terminée que lorsque le dernier coup a été joué…

Et vous ? Avez vous déjà perdu une partie gagnée ? Que conseilliez-vous pour éviter cela à l’avenir ? N’hésitez pas à partager votre point de vue dans l’espace commentaire situé tout en bas de la page ^^ !

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SECRETS POUR GAGNER AUX ECHECS: LA PREPARATION MENTALE – Corps et Esprit