Maxime LAGARDE vous dévoile ses secrets de sa préparation mentale.

Son profil

C’est un jeune GMI âgé de 24 ans, classé 9ème joueur français.

Il vient de réaliser deux très belles performances en mars et avril 2018 :

  • 2ème ex-aequo au tournoi de Reykjavik avec 7/9 (perf 2686)
  • 5ème à l’open Grenke en Allemagne avec le score de 7/9.

Son approche mentale

TN : selon Alekhine « la psychologie est le facteur le plus important aux échecs.». Selon Fischer : « je ne crois pas à la psychologie, je crois aux bons coups  ». Qu’en penses-tu ?

Alexandre ALEKHINE, 4ème champion du monde

ML : A un certain niveau de la compétition, on est obligé de trouver et de jouer le meilleur coup possible dans la position. Il est néanmoins important pour y parvenir de suivre une bonne hygiène de vie (bien dormir par exemple) et de commencer la partie avec l’envie de gagner.

TN : Quel sport pratiques-tu actuellement ?

ML : Je pratiquais le badminton et le tennis de table. Dorénavant, compte tenu de mon rythme actuel assez dense (je dois terminer mes études et jouer aux échecs de compétition), je pratique surtout de l’exercice physique à domicile.

TN : Pratiques-tu une technique de relaxation, de méditation, d’auto hypnose ?

ML : Non. Par contre, j’aime jouer de la musique (piano, guitare), ou écouter de la musique classique et de la musique de films. Cela m’aide à me détendre et me ressourcer.

TN : Quels sont tes rituels avant le début de la partie ?

ML : Je n’ai pas de rituel spécifique, mais il est important pour moi d’arriver devant l’échiquier avec un bon état d’esprit, en étant confiant pour donner le meilleur de moi-même. Cela peut influer sur le résultat de la partie à venir.


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TN : Quel exemple te vient à l’esprit ?

Baskaran ADIBAN, GMI

Photo © Firstpost.com

ML : C’était le cas récemment à l’open à Reykjavik, face au Grand Maitre Adiban. J’ai très mal dormi la veille et je suis arrivé fatigué avec un état d’esprit assez inquiet avant le début de la partie. Je n’ai donc pas pu ensuite me concentrer correctement et j’ai fini par perdre cette partie…

TN : T’arrives-t-il d’être superstitieux lors d’un tournoi ?

ML : En général, je ne suis pas superstitieux. Il m’arrive, comme la plupart des joueurs d’échecs, de garder le même stylo pour tout le tournoi surtout quand je gagne :)…en revanche, si je perds, cela ne me dérange pas de jouer avec un autre stylo 🙂

TN : Comment réagis-tu après une victoire ou une défaite ?

ML : En général, après une victoire, je reste très neutre, je réagis sans m’enflammer. Par contre après une défaite, j’ai plus de mal à rester calme, ce qui d’une certaine façon me permet de me mobiliser pour la prochaine partie…

TN : Comment gères-tu tes émotions avant la partie ?

ML : Le plus important, c’est d’arriver calme et détendu avant la partie, bien reposé, animé par une volonté de bien jouer et surtout avec l’envie de gagner.

Ses succès à REYKJAVIK et GRENKE 2018

Open de Reykjavik 2018

Photo © Chessbase

TN : Dans EE d’avril 2018, tu évoques l’absence de gestion du temps de sommeil qui aurait nui à tes résultats au tournoi de Cannes. Quelles leçons concrètes as-tu tirées de cette expérience lors des deux tournois à Reykjavik puis à Grenke Open ?

ML : J’ai abordé le tournoi en Islande avec beaucoup de sérieux. Tout d’abord, je me suis préparé physiquement avant le tournoi de Reykjavik (un mini stage de 4 jours d’activité physique en plein air).

Ensuite durant le tournoi, j’ai pu très bien dormir et faire le plein d’énergie pour les parties qui se déroulaient l’après-midi.

Photo © www.piwabay.com

Le fait de n’avoir à jouer qu’une seule partie par jour était également un élément favorable à la bonne récupération physique et mentale. Enfin l’ambiance générale et les conditions du tournoi étaient vraiment excellentes, ce qui m’a permis de pouvoir bien me concentrer sur chacune de mes parties.


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Le tournoi à Grenke était assez différent du fait du rythme soutenu des parties (2 rondes par jour). Cela s’est plutôt donc joué en mode sprint où il était nécessaire d’avoir beaucoup d’énergie au départ pour une gestion de l’effort sur le court terme.

TN : Quel est ton meilleur souvenir dans ces tournois : une partie où tu as vraiment ressenti le sentiment de flow ?

Nihal SARIN, MI

Photo © www.chessbase.com

ML : C’était sans aucun doute, la partie contre le jeune prodige indien Nihal SARIN, à la dernière ronde du tournoi de Reykjavik. J’avais les blancs. J’étais assez confiant, du fait de l’avoir déjà battu dans le tournoi Chess960 et d’avoir aussi un score positif lors de nos parties sur internet.

J’étais très en forme physiquement et mentalement : je parvenais à calculer proprement les variantes. Je voyais très clairement les lignes. De plus, j’ai réussi à obtenir un milieu de jeu compliqué, inconnu pour nous deux, sortant ainsi SARIN de sa zone de confort et de ses connaissances théoriques. Je suis content d’avoir gagné cette partie face à ce fort joueur très prometteur.

Pour finir…des conseils

TN : Que penses-tu de l’évolution des ordinateurs, du développement de l’Intelligence Artificielle aux échecs et sur son impact dans ton jeu ?

ML : L’arrivée des ordinateurs et de l’AI conduit forcement à changer le style de jeu des joueurs. Ainsi pour éviter les « prépas », il faut sans cesse jouer de nouveaux systèmes de jeu afin de pouvoir jouer à armes égales. Il est donc important de rester flexible dans sa tête.


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TN : Pour terminer, quels conseils donnerais-tu aux amateurs du noble jeu ?

ML : Tout d’abord, faites en sorte de venir confiant avant la partie, afin de ne pas VOUS poser de questions : il s’agit de vous concentrer et de jouer !

Ensuite, je conseille de beaucoup jouer afin d’enregistrer le maximum de positions types pour améliorer sa vision tactique, et pouvoir aussi mieux résister au stress subi pendant une partie d’échecs.

Mentalement vôtre !

Tayeb NAIDJI

Dessins de l’article © Thomas BOURBON